Provençal planétaire, Montanaro a rassemblé de ses voyages un bouquet de mélodies, modes, rythmes qui sont venus nourrir son écriture sur les instruments traditionnels de Provence.

Les pièces qui composent ce programme évoquent chacune un lieu magique. Ces lieux ont marqué Montanaro lors de ses passages…(Gumuk village au pied du Mérapi, Kokologho secteur 4 Burkina Faso, les îles d’Hyères, la mer Noire ou la Méditerranée, le Bosphore et le Darfour, ou Soweto…)
Des Alpes au Rhodopes, du Rif à Thessalonique, d’Alexandrie à Correns Montanaro joue, raconte et nous entraîne sur sa route sans fin qui semble un personnage de conte initiatique…
Ancré depuis toujours en Provence, c’est un regard croisé sur le Monde, les flûtes et sur le Galoubet–Tambourin, cet instrument plusieurs fois séculaire qui retrouve ici jeunesse, actualité, ouverture, souplesse… entre écriture et improvisation, rigueur et convivialité, sérieux et fantaisie, réflexion et joie, humour et virtuosité… étonnant !
INSTRUMENTS : Galoubet St Barnabé, en la, en ré grave, en ré aigu, en do, fuljara,…
Tambourin provençal, Tambourin médiéval. Moulin à Musique, Shruti Box de Mino, Crotales…



OCCITANISME

À QUOI CELA SERT-IL ?

Nous avions invité, au début des années 90, dans le cadre du jeune festival des cultures du monde de Martigues, Miquèu Montanaro et ses musiques imaginogènes. Je devais présenter le concert, la démarche et le concept à un public peu sensibilisé il est vrai à la musique improvisée sur le Galoubet-Tambourin.
À quoi cette démarche pouvait-elle servir?
Posant ainsi la question, je proposai aussitôt la réponse suivante: la musique est une émotion qui s’incarne dans des fréquences et des vibrations. Elle peut comme une nouvelle, un essai, un poème, une thèse, proposer une construction intellectuelle établie et définitive avec son raisonnement et son langage. Elle peut également avec un égal bonheur, contourner le piège de la forme et de la rhétorique pour livrer en temps réel une proposition émotionnelle, un imaginaire fugace et vibratoire. Faut-il poser cette problématique ou se laisser envelopper par le vagabondage de la couleur et de l’improvisation?
Montanaro et son large public (dont je suis) ont choisi depuis longtemps… Une émotion servie par une technique prend la forme éphémère d’une pensée poétique qui, sans la magie de l’enregistrement se serait à tout jamais perdue dans le vague du souvenir et du néant comme les extraordinaires palabres des Peuls et des griots.
Dans ces musiques imaginogènes vous oubliez le flacon, mais consommez l’ivresse. Nous sommes ici au coeur d’une tradition universelle.
Et la Provence me direz vous.
Elle est dans l’instrument, l’esprit frondeur un rien “pince sans rire”, dans la faconde de ces notes en cascades, dans le plaisir que nous procure l’ombre rafraîchissante d’une tonnelle parfumée, dans cette fertile imagination qui passe de l’interprète à l’auditeur et qui lui fait demander au terme du morceau: Ai-je bien entendu ou ai-je rêvé ?
André Gabriel